Rampage

Fiche Technique

  • Titre
    Rampage
  • Date de sortie
    1986
  • Réalisé par
    Çetin Inanç
  • Acteurs
    Serdar, Huseyin Peyda
  • Durée
    1h13
  • Genre
    Action
  • Aussi connu sous le nom de
    Korkusuz (Turquie)
    Rambo Turc/Turkish Rambo

Que faire lorsque votre pays ne parvient pas à faire main basse sur les productions cinématographiques d’envergure qui font vibrer le monde entier? Attendre quelques années pour que le marché soit plus abordable et doubler ces films cultes à rabais? Tenter de les obtenir de manière plus ou moins légale et les sous-titrer maladroitement?

Pour les turcs, c’était encore trop facile, et surtout trop long. Pourquoi attendre… Pourquoi ne pas plutôt tourner nos propres versions de ces films, pourquoi ne pas voler ces personnages originaux, la musique originale et les grandes lignes du scénario pour y foutre nos acteurs minables, nos scènes d’action dérisoires et nos effets spéciaux dignes d’un budget de vingt mille roupies? Star Wars, Star Trek, E.T., Batman et Spiderman ont subis ce traitement, et Rambo 2 (oui, Rambo 2!), étudié ici, n’a pas échappé à la mode des copies bon marché!


Rambo:
L’équipe de casting a embauché ici un culturiste sans formation d’acteur qui montre ses muscles et possède à peu près le même charisme qu’un piment moisi. Presque sans cesse impassible même dans les scènes les plus tendues et les plus émouvantes, Serdar se laisse néanmoins aller vers des mimiques plus élastiques lorsque vient le temps de faire exploser des trucs ou de démantibuler des mécréants avec du kung-fu en accéléré.

Le méchant: Perdant le peu de crédibilité qu’il avait déjà lorsqu’il enfile son horrible polo bleu ciel, le méchant n’en reste pas moins fort intimidant. Sa gueule de légende, ses longues tirades enflammées et sa manie d’avoir des guerriers planqués même dans des champs inhabités font de lui un tyran efficace. Il emprisonne les gens et déteste Rambo, pour des raisons qui nous échappent.

Il déteste aussi manifestement être mouillé.

La fille: Rambo débarque chez elle de force avec quelques potes prisonniers en cavale. Il attire contre lui une grappe d’assassins bien mûrs qui ont tôt fait de liquider le père de ladite fille, ce qui ne laisse pas de marge de manoeuvre à Rambo qui doit les zigouiller vite fait pour ensuite brûler leurs cadavres avec la maison. Pour un premier rendez-vous romantique avec Rambo, ladite fille est donc immédiatement séduite: un homme capable de provoquer la mort de son père et de brûler sa demeure est définitivement un parti intéressant pour un futur mariage!

« Notice: Aucune coiffure gargantuesque ne fut maltraitée durant le tournage de ce film. »

Les sbires: Probablement repêchés dans des ruelles sombres et des bordels de village, les acteurs personnifiant les sbires du méchant atteignent des sommets de laideur. Barbus, édentés, bedonnants ou maigres au point d’en paraître malades, ils viennent crédibiliser le rôle de sexe-symbole du personnage principal en montrant leurs affreuses bouilles à l’écran.

 

Des civils armés de carabines à plombs et d’autres armes primitives du même acabit attaquent une voiture et kidnappent son occupant, qui est probablement un homme fort important! L’armée turque surgit et dévale une colline désertique non loin du combat afin de mettre fin à l’enlèvement mais le contingent des méchants a déjà finalisé avec sa prise et décampe vers l’horizon.

Les autorités, ne sachant plus vers qui se tourner, espèrent qu’un guerrier solitaire viendra les aider. Un vétéran de guerre peut-être, un combattant de la trempe de… RAMBO!

Justement, notre Rambo est en prison et fait l’objet d’un transfert dans un convoi blindé en bois qui ressemble davantage à un winnebago en ruines qu’à autre chose…

N’essayez pas d’assommer le chauffeur en déployant le lit caché dans l’armoire ou en l’étranglant avec un sac de couchage, je vous ai à l’oeil!

Notre héros est retenu d’un seul bras par une chaîne rouillée énorme du type qu’on utilise dans les poulies pour soulever des moteurs, mais cela ne ploie en rien sa volonté de justice. Dès que le garde du convoi a le dos tourné, Rambo le neutralise et s’échappe avec d’autres criminels de guerre. Il n’a dorénavant qu’une idée en tête, celle de punir tous les scélérats responsables de ses malheurs, y compris ceux derrière les attentats initiaux.

Fonçant tête première, Rambo multiplie les combats, les prises de lutte et de karaté, ainsi que les roulades en position 69.

Ton entrejambe odorant ne viendra pas à bout de mon olfaction stéroïdée!

Il est cependant capturé puis jeté en pâture à un moustachu qui s’esclaffe de manière hautement diabolique en versant de l’eau sur le sol avec sa jarre en poterie artisanale.

Mais Rambo n’a pas dit son dernier mot, ça non! Il s’échappe de manière épique et part se ressourcer dans les hautes montagnes de la Turquie afin de préparer le dernier assaut! Secourant une famille en chemin et profitant de leur reconnaissance pour voler leur jeep, Rambo doit éviter les balles d’une dizaine de méchants cachés dans les fourrés, même si la jeep et ces dits méchants ne sont manifestement pas dans le même plan (surtout qu’on ne voit pas un seul ricochet de balle dans toute la scène de transport en jeep).

Qu’à cela ne tienne, Rambo procèdera tout de même à son fameux assaut final, mettant en vedette notre homme musclé qui se rend finalement au quartier général des méchants en bas de la montagne et qui défonce un mur avec ses coups de poing à plat style karaté en émettant des cris stridents, pour ensuite aller libérer des villageois de la PIRE BARRICADE de l’histoire du cinéma (qui consiste en une dizaine de petites planches chétives clouées de travers dans un cadre de porte).

S’emparant ensuite d’un lance-roquettes, Rambo fait littéralement TOUT EXPLOSER.

« Arrrgh! Les tranches de smoked meat qui me sont agrafées dans la figure sont encore chaudes! »

  • Être atteint d’une balle dans la poitrine fait instantanément tourbillonner.
  • Les chaînes de métal se brisent aisément: il n’y a qu’à les placer quelques minutes au-dessus d’un feu de camp et leur appliquer un peu de tension en se faisant sortir les veines du cou.
  • Les coups de poing à l’abdomen provoquent des saignements externes surabondants.
  • Se faire étrangler dans des escaliers fait disparaître la moitié de la camisole que l’on porte.
  • Les munitions de lance-roquettes se trouvent comme ça, en pleine nature: derrière une plante, entre des barils, sous une souche, un peu comme des power-ups de jeux vidéo.
  • Recevoir un coup de crosse de mitraillette au visage fait apparaître une ligne de sang dans le visage qui n’est pas une coupure à l’intérieur de l’épiderme mais plutôt un liquide qui luit PAR-DESSUS la peau! On peut également en recevoir plusieurs et finir avec un schéma de grille tic-tac-toe dans’ face.
  • Pleuvoir n’existe pas en Turquie. Lors d’intenses nuits orageuses, l’eau qui coule dans les fenêtres provient donc manifestement de sceaux versés maladroitement.
  • Il n’y a rien de suicidaire à combattre une milice armée de mitraillettes de front avec un couteau et des étranglements à mains nues, à condition d’être Rambo.
  • Les terrains plats ont la mauvaise habitudes de devenir dangereusement dénivelés lorsque vient le temps de faire une scène de combats où les adversaires doivent débouler.
  • Être gardien de prison requiert de pouvoir rester seul avec trois criminels aux mains libres dans une camionnette à la suspension défaillante qui se fraie un chemin dans des routes de bouette cahoteuses et de pointer du fusil nerveusement, encerclé entre ces maniaques ayant tous la portée nécessaire pour nous empêcher de tirer.
  • Les tireurs d’élite militaires qui se mettent tous en ligne pour faire feu peinent à atteindre des cibles qui se trouvent à moins de cinq mètres de distance. Pire encore, un seul d’entre eux sera capable de tirer dans le sol et de faire élever un peu de poussière, les autres perdant leurs munitions pour tirer dans le ciel ou dans des parties de forêt hors du cadre.
  • La récompense sexuelle accompagnant l’exploit héroïque de la sauvegarde de la vie d’une femme est un émoustillant bec dans le front.
  • Lacérer des biceps au couteau est impossible si la victime est trop musclée. Inutile de dire que lorsque c’est Rambo en plus, c’est le couteau qui saigne!

  • Tremblez devant une scène éminemment stressante où la fille perd pied en montagne et se retient au seul bras de Rambo, qui doit la remonter! S’en suit un flashback minable où Rambo est dans l’armée dans une situation similaire et qu’il échappe son coéquipier dans les abîmes. Cela doit démontrer qu’en réussissant cette fois-ci il surmonte une épreuve psychologique. Je crois cependant que cela est davantage lié au fait que c’était un type de 200lbs avec un équipement d’armée sur le dos comparativement maintenant à une femme de 130lbs avec une horrible jaquette à pois.
  • Surprenez votre pire ennemi d’un tir de roquette en pleine gueule et voyez tous les dommages et blessures que vous lui infligez! Du jus de tomate séché lui barbouillant le visage, une affreuse perte d’équilibre et surtout une mort inexplicable! Oubliez la peau calcinée, les membres brûlés qui virevoltent dans la déflagration et l’épiderme qui fond, on ne voit ces mythes que dans les films irréalistes d’Hollywood.

  • Découvrez avec horreur que Rambo a été enfoui dans le sol jusqu’au cou par l’horrible équipe des méchants et qu’il devra assister impuissant à la torture de sa belle tout en forçant du cou comme un malade, sans parvenir à se libérer de sa prison tellurique. Il alterne gaiement entre les plans de cheveux mouillés plaqués dans le front et de cheveux secs en semi-afro, cependant. 

    « Au secours je me noie! »

    *Plan suivant* « … Eh poupée, tu admires mes bouclettes? »

  • Initiez-vous aux horribles tortures des camps de la mort turcs qui consistent à laver les gens au boyau! Rambo réagit comme s’il recevait de l’eau haute pression et se plaque avec douleur contre le bâtiment en multipliant les faciès souffreteux devant un débit d’eau qui pourrait à peine servir à pousser une feuille d’arbre au bout du driveway.

    Aussi violent que d’arroser une fougère.

  • Assistez au sauvetage in extremis d’une famille prise d’assaut par une bande de brigands alors que Rambo s’amène, coupe la gorge à tout le monde, donne des coups de poignards retenus (faudrait pas en donner un vrai, attention…) et exécute un lancer de couteau qui ziguezague en chemin! Dans la pagaille, le même vieillard se refait tuer au moins à deux ou trois reprises.

    Ohhhh… Ahhhh… Ohhhh… C’est bientôt fini?

– L’idée de départ de simplement refaire un film déjà existant avec un budget restreint en pillant carrément le travail d’artistes du cinéma (on reconnaîtra l’utilisation de musique de Mad Max 2 également) tient du pur non-génie! C’est une ivresse inepte se confondant en erreurs, lâchetés, limitations, raccords grotesques, pour livrer un produit ridicule qui ferait rougir de honte l’original.

 – Les scènes d’action sont franchement amusantes, surtout avec ces fameuses roquettes en plastique qui déambulent mollement sur un fil de pêche qui chambranle de tous bords tous côtés. Les combats sont également dans la grande tradition Çetin Inanç, syncopés, ultra rapides, complètement ridicules.

– Ces fameuses scènes d’action ne sont justement pas assez présentes. L’aspect festif qui explose partout est trop souvent absent.

 

Très sympathique à découvrir, mais une fois suffit! Inutile donc de « Rambobiner » … … Ok, bye.

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