Ninja Terminator

Fiche Technique

  • Titre
    Ninja Terminator
  • Date de sortie
    1985
  • Réalisé par
    Godfrey Ho
  • Acteurs
    Richard Harrison, Jack Lam.
  • Durée
    1h27
  • Genre
    Ninja!

Le royaume du film mauvais voit un joueur de pointe en la personne de Godfrey Ho. C’est qu’il y eut un temps où il s’est évertué à garnir quelques compagnies douteuses de productions tout autant douteuses, rapiécées, grossières, coupées au montage à grands coups de hache, et collées à d’autres vieux films de kung-fu poussiéreux dont les droits étaient arrivés à échéance.

La fabrication des films de Godfrey se fait donc dans la même veine que ce qui a été vu avec d’autres de ses consorts, c’est à dire avec le rachat de productions à petit budget déjà tournées dans le seul but de s’en servir au montage avec de nouvelles séquences d’action. Avec le budget d’un seul, il répartit ses scènes au milieu d’un flot inextricable de bobines dénichées dans des containers et parvient à produire quatre, voire même cinq films! Richard Harrison, l’acteur principal du présent opus et qui a également joué dans un bon tas de production de Ho (pas toujours de son plein gré, comme en témoignent ses démêlés avec le fisc et les contrats factices qu’on lui a fait remplir), se souvient encore aujourd’hui avoir tourné une scène en particulier qui s’est retrouvée dans une multitude de films! Au final, Godfrey n’est plus un simple réalisateur mais une véritable fabrique déchaînée de films de ninja!

Avec sa phase « ninja » 2 en 1, ses films de combat minables et ses nombreux tours de passe-passe au niveau du montage en accéléré, Godfrey s’est détaché de ses origines à la Shaw Brothers pour se forger un nom impérissable dans le domaine de la série B de Hong-Kong, dont ce Ninja Terminator en constitue une incarnation parfaite.

Harry le maître ninja: Blanc américain moustachu avec un costume de ninja camouflage qui nous prouvera maintes fois sa virilité par l’entremise d’un usage abusif de téléphone « Garfield » (qui ouvre les yeux lorsque le combiné est décroché). C’est également le meneur de la révolution contre le démoniaque empire ninja (???).

Barry le ninja noir: Se confondant en mimiques exagérées et en yeux exorbités tous azimuts, notre sujet affectionne particulièrement les melons coupés au sabre, les combats déloyaux à deux contre un et le mascara.

Eh oui, Harry et Barry les ninjas… Très asiatique, cela n’est-il pas?

Tiger: Coiffé d’une somptueuse moumoute probablement piquée sur un mannequin féminin en styromousse de chez Zeller’s, notre sous-fifre aussi louche que diabolique se plaît à couper les doigts et ses congénères et à se battre à demi enseveli sur des plages de sable blanc.

Jaguar Wong: Héros pratiquement invincible avec un penchant naturel pour le cool consommé (mais admirez moi ce nom, Jaguar Wong!) qui ne paraît jamais vulnérable, même lorsqu’il effectue un échange d’otages en se faisant berner, confondant sa femme avec un sbire hideux affublé d’un énorme foulard.

Chef de l’empire Ninja: Pour ajouter l’insulte à l’injure, la tête dirigeante de l’empire ninja est un black tout droit sorti du Bronx dont l’arme ultime consiste à rire constamment jusqu’à ce que l’ennemi devienne complètement fou. Décidément, les chinois, jap’, thaï’ et viet’ sont complètement déconnectés du vrai monde des ninjas et n’agissent qu’à titre de gardes qu’on tue avec une simple savate.

Tamashi: Troisième membre de l’escouade d’élite qui dérobe le « golden ninja warrior », Tamashi est abattu d’un shuriken dans le dos alors qu’il effectuait diverses simagrées devant sa partie de la statue. L’honneur de ces guerriers de l’ombre est grandiose…

Un temple quelconque abrite un torse de statue peinturé couleur or qui, une fois en la possession d’un combattant, procure l’invincibilité sur tous les membres supérieurs. Se faire scier les jambes, casser les tibias ou passer sur les cuisses par un train ne figure pas dans la liste des dangers potentiels des ninjas.

Je suis une sculpture en or massif! Craignez mon courroux!

La nature chambranlante de la chose attise aisément l’oeil ardent des lascars et pick-pockets ninjas excellant déjà dans l’art du vol à la tire, et il ne se fait pas tard lorsque trois d’entre eux repartent avec le précieux trophée en dévalant les escaliers. Mais à quel prix! Ils sont suivis par des ninjas rouges qui dévalent tout autant et qui ne lâchent jamais prise.

Quelques combats syncopés se déclarent entre les trois voleurs (Harry, Barry et Tamashi) et les ninjas rouge. Tout le monde effectue quelques salto-arrières pour se réchauffer, pour ensuite enchaîner en faisant la roue, en se lançant des shurikens dans le torse qui apparaissent dans le cou un plan plus tard et en se vaporisant avec les manches des katanas. Même si tout le monde meurt du côté rouge, pas une goutte de sang n’est versée. Ces subalternes sans envergure ne méritent pas l’emblème du sang: on réserve ce traitement royal aux héros et grands méchants, et sous la forme d’un mince filet lorsqu’ils reçoivent un coup ultra puissant.

Pendant ce temps, un des voleurs, Harry, retraite tranquillement chez lui et s’entretient avec Jaguar Wong (ils ne sont pas dans le même film: regardez et écoutez attentivement, et vous verrez les peu subtiles techniques de doublage nécessaire à nous faire croire la cohabitation de personnages qui n’iront jamais aux mêmes lieux et qui ne se croiseront jamais) sur son magnifique téléphone ninja.

Il établit le plan ultime: attendre. Cela donnera l’occasion à Jaguar Wong d’occuper sa portion du film avec ses segments typiques de la cinématographie kungfu-esque, où tout le monde est prêt à se battre sans raison apparente. Jaguar demande des informations sur un restaurant, les bons samaritains connaîtront le kung-fu et voudront se battre; Jaguar se promène sur un terrain vague, des sbires vont apparaître et engager le combat; Jaguar sort d’un endroit, des combattants vont l’attendre et l’attaquer car ils sont jaloux de son look, avant de se faire passer au travers d’un pare-brise. Éventuellement, Jaguar devra secourir la soeur de Tamashi qui est attachée sur une « bombe » qui consiste en un cadran de chambre à coucher fixé sur trois bâtons de chiffon et rendre la pareille à Tiger qui changera de perruque pour l’occasion, mais concentrons-nous plutôt sur les ninjas.

Ces derniers (nos gentils voleurs) reçoivent la visite d’un robot jouet qui parle et leur annonce leur mort prochaine s’ils ne rendent pas leurs pièces du « golden ninja warrior ». Évidemment, Harry et Barry refusent de plier, malgré le sérieux de l’avertissement.

La mafia tente de rajeunir sa clientèle?

Suite à cette menace sur la liberté de nos héros, ces derniers décident de prendre les choses en main et de s’entraîner (avec les mêmes séquences qu’au début, qu’on rejoue) pour une grande bataille finale, qui est, à mon sens, une des meilleures manifestations du génie comique (involontaire) de Godfrey Ho!

  • Écrire « Japon » en grosses lettres blanches devant un paysage composé de toits de temples en tôle, de sculptures de dragon et de lampes à l’effigie de ninjas suffit à convaincre le cinéphile le plus érudit que ce qu’il regarde a bel et bien été tourné au pays du soleil levant.
  • Leur exposition faciale étant limitée, les ninjas se voient forcés d’exprimer leur beauté de visage exclusivement avec la peignure extravagante de leurs sourcils broussailleux.
  • Il est perspicace de penser qu’on veut attenter à votre vie lorsque vous vous retrouvez avec des morceaux de métal de planté dans le dos.
  • Les deux techniques de kung-fu les plus prisées sont respectivement le catapultage de balle de baseball dans la figure par un coup de pied et l’écrasement du nez entre le majeur et l’index ou avec le bout du pouce.

  • User d’un miroir de poche pour aveugler son ennemi avec le reflet d’une lampe de plafond est un stratagème typiquement ninja.
  • Vous savez que vous devenez blasé de votre pouvoir de téléportation lorsque vous l’utilisez pour vous rendre deux mètres plus loin ou pour vous éviter d’enjamber une simple palissade.
  • L’odeur du dessous des genoux est si fétide qu’on ne peut s’empêcher de gémir à répétition lorsqu’on y est exposé.
  • Il n’est guère intelligent de procéder à une transaction de drogue d’importance sans vérifier le contenu de la valise qu’on nous transmet, surtout si elle pèse une plume.
  • Les objets cassants trouvent toujours le moyen de voler en éclats.
     

  • Pétrifiez d’horreur devant la mutinerie des crabes qui refusent d’être cuits à la vapeur par une femme et qui s’étendent sur le sol, soutenus par une musique horrifiante. Heureusement, Harry est là pour redresser la situation en garrochant un de ses projectiles ninja sur le chef de la meute.

  • Voyez la confrontation ultime entre le manche de katana lance-flamme et le manche de katana extincteur d’incendie, qui se termine par une téléportation hors du brasier!
  • Constatez le coefficient de difficulté de l’entraînement ninja en suivant Harry combattre un féroce melon d’une manière outrancièrement cérémonieuse et abuser des handstands sur sa table à café.

  • Esclaffez-vous devant des combats endiablés et ridicules ponctués de téléportations, de coups frénétiques en accéléré et de bizarroïdes danses ninja!

– Les combats, complètement démentiels, sauvent vraiment le film sur plusieurs aspects. Jaguar Wong qui se bat avec une chaise aux fesses après avoir offert une cigarette piégée à un garde, des ninjas qui se téléportent, l’ami de Tamashi qui se fait buter avec un gros bruit d’écho dans une scène de ralenti où il revole comme dans une fin de combat au Super Nintendo sont quelques exemples de ces segments complètement fous!

– On lui donnera ça, chaque scène incluant les ninjas (séquences tournées par Ho et non volées) est d’un divertissement incommensurable. Il y a sans cesse quelque chose d’original ou d’amusant qui s’y passe.

– Le film ajouté mettant en vedette Jaguar Wong est beaucoup moins ridicule que le reste de l’ensemble, ce qui ajoute conséquemment quelques longueurs et vient casser le rythme à plusieurs reprises.

 

Un des meilleurs films de Godfrey Ho, mais qui, comme à l’habitude, perd de son intérêt à cause de toutes les scènes sans rapport avec les ninjas qui sont insérées un peu partout. Ici, nous avons seulement 45 minutes de vrai matériel sur une heure trente de temps consacré aux pitreries de Ho, ce qui l’empêche de s’exprimer à son plein potentiel. Néanmoins fort amusant.

Être un ninja, c’est de la bombe!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *