Devil Story

Fiche Technique

  • Titre
    Devil Story
  • Date de sortie
    1985
  • Réalisé par
    Bernard Launois
  • Acteurs
    Pascal Simon, Véronique Renaud
  • Durée
    1h12
  • Genre
    Horreur/Ésotérique
  • Version française (originale)
    Il était une fois le diable

À vue de nez, il serait facile de croire que la francophonie n’ait pas joué un grand rôle dans le développement mondial du film de genre, surtout si on la compare aux cultures américaines, italiennes, mexicaines, turques, pakistanaises, indiennes, chinoises, japonaises, et j’en passe. Même si le public existe manifestement, les longs-métrages écorchés, bizarres ou cultes semblent à prime abord ne constituer qu’une denrée rare dans la langue de Molière.

Pourtant, lorsqu’on se donne la peine d’effectuer quelques fouilles sommaires, il s’avère que non seulement ces opus existent en quantité, mais qu’ils sont également d’une qualité fantasque fort appréciable! Plus intéressant encore, la France semble avoir produite quelques bijoux gardés plus ou moins secrets qui sont aujourd’hui dépoussiérés et regardés d’un nouvel oeil.

Il était une fois le diable est un parfait exemple de ces films laissés pour compte et pourtant loin d’être de second niveau. Amateurs de lenteur et d’hilarité pénible, bienvenus au paradis.

L’héroïne: Toujours à se plaindre, à gémir, à crier, à bafouiller, cette femme extraordinairement idiote est notre représentante auprès du diable. Ses fonctions motrices semblent être gravement atteintes par cette confrontation et la font buter contre à peu près n’importe quelle irrégularité du sol.

Tireur fou: Vieux vétéran de la guerre qui abrite le couple composé de l’héroïne et de son mari pour qu’ils puissent procéder à la réparation de leur voiture. La nuit tombée, il retombe dans ses anciennes obsessions, agrippant son 12 pompeux à balles infinies et son attirail camouflage pour aller faire exploser les animaux domestiques du coin. Heureusement, il est incapable de viser sans mettre le genou par terre, chose qu’il ne fait qu’une fois aux huit heures.

Le monstre: Probablement échappé par inadvertance dans un bain d’acide lors de sa jeunesse, cet homme muet et défiguré se promène dans la campagne de Provence avec son poignard et son shotgun pour assassiner tout ce qui bouge: campeurs, touristes en panne, amateurs de randonnées et chevaux diaboliques. Sa veste de soldat SS et son pendentif de croix gammée lui confèrent un air des plus élégants.

Je devrais vraiment cesser l’utilisation du Pantène Pro V enrichi au plutonium…

La momie: Enrubannée de gros pansements adhésifs opaques, elle se déplace avec une lenteur incommensurable, probablement dû au fait que chaque mouvement lui épile un poil et lui inflige une telle douleur qu’elle doit prendre une pause.

Le cheval: Supposée incarnation du diable (ou est-ce plutôt le chat, la momie, le bateau, le monstre, le couple de vieillards?) qui peut se faire tirer dessus à bout pourtant pendant toute une nuit sans subir la moindre blessure. Hennit et bouge sans arrêt, une vraie plaie!

Des grognements sinistres se font entendre dans la forêt, de par l’intérieur d’une petite tente bleue, qui semble être le théâtre d’une joute macabre. Et puis boum!, sans crier gare, un ignoble monstre à moitié chauve en surgit, faisant tomber le campement et révélant un cadavre sur le sol!

Fuyant promptement les lieux du crime, notre monstre se coince ensuite le pied dans un cordon de la tente et la traîne avec lui pendant quelques pas. Quel humour!

Pendant ce temps, le corps ensanglanté expulse un jet de sang particulièrement irrégulier (vitesse technicien pompeur de faux sang) qui a toujours la même force, tel un arrosoir à pelouse. Le cadavre ne s’en doute pas, mais il n’est que la première victime d’une journée particulièrement prolifique pour notre tueur en série. Ce dernier abat justement une famille et patiente jusqu’à la nuit tombée pour enterrer les cadavres.

Cependant, il ne s’attendait pas à la venue impromptue d’un couple dans les parages, composé d’un homme particulièrement somnolant (entendre environs trois cents coups de feu dans une nuit, ça ne le réveille pas) et d’une femme fort curieuse, qui sort en chemise de nuit investiguer les aboutissements étranges des habitants des environs, venant interrompre du même coup les enterrements successifs du monstre.

Puis, sans crier gare ni port, un bateau anglais légendaire s’extirpe des profondeurs de la croûte terrestre et vient se pointer le bout du nez hors d’une falaise maquette hideuse en émettant des bruits de papier chiffonné… Je n’invente rien.

Capitaine: « J’avais dis à droite de la troisième plaque tectonique, À DROITE. »

Quelques boîtes de bois dégringolent la montagne, dont une qui contient une momie dotée de pouvoirs de résurrection qui entreprend, avec une lenteur inimaginable, à redonner la vie à la soeur du monstre, QUI N’EST SURTOUT PAS L’ACTRICE PRINCIPALE AVEC UNE ÉNOOOORME PERRUQUE NOIRE.

Non, non, je vous jure.

Avec un lot de séquences sans fin (agonies, déplacements de trois minutes complètes sur un plan statique, stagnance de l’intrigue, redondance des situations), le jour se lève, et notre monstre chéri part à la poursuite de l’ignoble fauteuse de trouble.

Sincèrement, cela doit constituer une des poursuites les plus longues et les moins exaltantes de l’histoire du cinéma, car non seulement nos deux personnages ne sont jamais dans le même plan pendant au moins cinq minutes, mais en plus, le réalisateur y insère un moment de course à l’intense ralenti durant laquelle on peut lire dans les yeux de l’héroïne le regret amer d’avoir laissé sa brassière dans ses bagages, pendant que le zombie SS se bat tout seul avec des branches d’arbre, visite les champs de maïs et les petits boisés environnants.

Peu après, la confrontation finale s’active et tout explose par le truchement d’un baril de poudre explosive savamment positionné.

Notre héroïne se réveille dans son lit, perplexe. Était-ce un rêve? Pensive, elle sort à l’extérieur afin de mette le tout au clair.

Le tout n’était que le fruit de son imagination, un simple songe? Impossible d’en savoir davantage, car la pelouse l’avale.

Fin.

*Gloups!*

  • Les nerfs des personnes récemment décédées envoient des charges de détresse aux poumons, qui s’animent EXACTEMENT comme si la personne respirait encore.
  • Se protéger avec les avant-bras crochis à la manière d’un joueur de castagnettes suffit à repousser un cheval adulte agressif et à parer tous ses coups de sabots.
  • Gambader avec du bois de chauffage est l’activité forestière par excellence.

  • Les imperméables jaunes serin et les bottes de pluie sont des accessoires qui poussent en pleine nature.
  • Les équipes d’effets spéciaux françaises savent pertinemment qu’une ligne de lumière verte en forme de « V » superposée à l’écran une fraction de seconde et suivie d’un effet sonore de tonnerre en canne est le subterfuge idéal pour simuler un orage électrique.

  • Les femmes sont en symbiose avec l’essence et savent donc instinctivement le niveau de carburant présent dans chaque véhicule (et ce, bien mieux que n’importe quel tableau de bord électronique). Il est donc logique d’enguirlander votre épouse lorsque vous tombez en panne.
  • Avoir du succès dans une filature où il faut épier dans le silence le plus complet requiert de faire le plus de bruit possible. C’est pourquoi vous vous devez de crier à tout rompre dès que vous perdez pied dans un trou, et ce, même si votre poursuivant ne vous a pas détecté.
  • Les animaux de 500lbs qui sont en furie se maîtrisent bien plus efficacement à coups de crosse de carabine dans’ face plutôt qu’avec un tir précis de ladite carabine.
  • La poudre à canon se transporte dans de petits tonneaux craquelés où il est inscrit POWDER en grosses lettres blanches.

  • Les sarcophages pharaoniques en or sont une arnaque puisqu’ils ne sont constitués que d’un couvercle doré, le reste de la boîte étant en bois pourri.

  • Assistez au record du flashback le plus précoce de l’histoire du cinéma alors que la fille décide de vider un bidon de gaz sur le monstre pour le foutre en feu, avant de déguerpir avec sa voiture. Moins de vingt secondes plus tard, celle-ci tombe en panne et va investiguer le fameux bidon, pour se rendre compte qu’il est vide! Enfer et damnation, qui a bien pu boire tout ça?

    Soudainement, un éclair de génie en scène flashback: ma foi, je viens de vider ce bidon voilà une minute pour brûler ce gredin de monstre putride! Totalement débilitant.

  • Agripez-vous sur votre siège et prenez vos médicaments pour le coeur avant de visionner la scène la plus intense jamais produite, dans laquelle notre personnage principal se fait agripper la botte par une matrone étendue sur le sol. Cette séquence complètement absurde (impossible de rester pris ainsi sans tenter de donner des coups de pied ou bien de laisser la botte là, quand même…) atteint son paroxysme lorsque notre héroïne sort une porte grillagée de 200lbs de ses gonds et plonge ses embouts saillants dans la poitrine de son ennemie. Pas assez forte pour dégager une botte, mais pour soulever des trucs qui font deux fois son poids, alors là, pas de problème!

  • Expérimentez l’absence de cascadeur alors que l’acteur lui-même doit effectuer une séquence périlleuse sur un capot de voiture. Ne voulant évidemment pas lui faire mal, le réalisateur troque la scène qui devait consister en une voiture qui fonce à vive allure vers un poteau et écrabouille le monstre pour une nouvelle où le monstre est accroché sur l’automobile qui va à 2km/h et qui s’arrête à environs un mètre de la cible, juste pour être certain de ne pas le blesser… Complètement dément, regardez-moi TOUT CET ESPACE! Et le monstre sur le plan suivant qui fait mine de souffrir et de vomir du sang partout en grognant…

  • Découvrez qu’il n’est pas très efficace de gifler le torse d’un mort-vivant à répétition et de lui arracher quelques bandelettes au visage lorsque vient le temps de se défendre. Le seul effet concret de cette attaque violente consistera à lui faire gerber son souper sous la forme d’un liquide séminal blanchâtre. 

    Les momies connaissent les points de pression sensibles du cou. « Par terre, mortelle! »

  • Mourrez avec panache en apprenant diverses techniques visant à étirer votre agonie! Une momie vous casse le cou d’un seul doux et subtil mouvement de poignet dans la nuque? Gémissez interminablement en vous étirant le rictus et en effectuant moult tourniquets de bassin puis préparez-vous à vous vider de tous vos organes internes (boeuf haché et tripes animales) qui tenaient à peine dans votre manteau (fallait pas déboutonner!) lorsque votre assaillant momifié joue du bout du pied avec votre cadavre encore chaud.

    Ohhhh… Ahhhh… Ohhhh… Ah…. … Ohhhhh!

    Il y pensera deux fois avant de faire du vol à l’étalage dans une boucherie.

– Commençons par l’ambiance, totalement parfaite, pas assez lourde pour donner dans l’amateurisme, mais suffisamment absurde pour plonger n’importe qui dans une suite d’interrogations sans réponse. Saisir ce qu’on écoute devient impossible (et infiniment amusant), ce qui nous plonge dans un état de constant émerveillement devant le pénible, le lent, la répétition.

– Le personnage du monstre est pourtant simple, mais tellement redondant et immonde qu’il devient un divertissement ambulant. Le fait qu’il grogne sans interruption, qu’il se meut comme s’il était accablé d’un constant accident vasculaire cérébral et qu’il est utilisé avec une outrancière lenteur dans certaines scènes font de lui un icône de l’ineptie.

– La symbolique du film, sa tangente allégorique, vient faire basculer tout ce beau monde dans une fable sans dessus dessous d’où il est peu probable de tirer quelque sens logique. La musique merdique et les décors insupportables viennent glorieusement couronner le tout.

– Évidemment, ce n’est pas tout le monde qui peut tirer autant d’un film éminemment long et éminemment lent. Il faut savoir débusquer la drôlerie même dans la relative platitude, dans l’inaction ainsi que dans le retour continuel et agressant des mêmes sons (hennissements, grognements) et des mêmes situations (agonies sans fin du monstre). 

Dans le domaine de l’inaction horrible et hilarante, Il était une fois le diable fait pratiquement figure de proue. C’est un film qu’il faut absolument découvrir et apprendre à apprécier dans la douleur!

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